mercredi 29 juillet 2026

Rouler Pour Toujours :

Pris la main dans le sac :

 

Les géniaux Stones d'aujourd'hui m'ont donné l'envie d'écouter les Stones d'hier !


 

Mais lequel ?, quel choix de roi. 

 

The Rolling Stones 

 


Sticky Fingers peut être traduit de multiples façons ... dont "la main dans le sac".

Sans doute en 1970, on peut penser qu'il évoquait la sale période qu'ils traversaient.

 

Les finances presque à sec en raison des procès liés à la drogue.

Ils sortent d'une épuisante tournée aux USA entachée par la mort d'un spectateur assassiné par le service d'ordre à Altamont.

Brian Jones est mort un mois après son éviction du groupe.

Leurs amis Janis et Jimi ont disparus avec leurs overdoses. 

 


 

Déjà une longue carrière et un nouvel album studio, le premier avec Mick Taylor qui apporte sa fraicheur et originalité, le premier album en liberté sans la tutelle de Decca

 


 

Premier délice, le fait d'avoir gardé sous le coude "Sister Morphine" enregistré en mars 1969, après la version de Marianne Faithfull.


 

Deuxième joie, utiliser leur propre studio mobile à Stargroves , au manoir acheté par Mick, pendant l' été et l'automne 1970, après avoir finalisé quelques premiers titres aux studios Muscle Shoals en Alabama (fin 69) et Olympic Studio à Londres.

 


 

Troisième victoire, publier sur leur propre label Rolling Stones Records avec son célèbre logo (créé par John Pasche) qui apparait pour la première fois. 

 


 

L'idée géniale de Andy Warhol pour cette pochette crée par Billy Name, même si les disquaires la redoutaient avec le risque par l'empilement des albums d'endommager les disques (ce qui conduisit à la modifier, retirer la fermeture éclair métallique, je vous dis pas le prix des quelques versions originales existantes). 

C'est Joe Dallesandro, acteur des films de Warhol (le Joe de Lou Reed dans "Walk On The Wild Side") qui probablement pose (pas si sur, en tout cas il l'a revendiqué).

Pochette curieusement modifiée en Russie. 

 


 


Et c'est un album de rupture, le plus travaillé depuis leurs débuts, mais bien que gardant une structure "classique" blues rock, loin de la mode du mellotron et du Moog, est un virage plus pop, moins roots. 

 

La patte de Jimmy Miller, le producteur, est sans doute là , dans la trilogie : Beggar's Banquet, Let It Bleed, Sticky Fingers,  poussant à l'extrême la quintessence de ce rock soyeux sans temps faibles.

 


Le groupe est le suivant : 

  • Mick Jagger : Chant, Guitare, Percusssions. 
  • Keith Richards : Guitares
  • Mick Taylor : Guitares
  • Bill Wyman : Basse, Piano électrique
  • Charlie Watts : Batterie 
  • aidés de 
  • Billy Preston : Orgue 
  • Bobby Keys : Saxophone Tenor 
  • Jim Price : Piano et Trompette
  • Jim Dinkinson, Jack Nitzsche, Nicky Hopkins, Ian Stewart : Piano 
  • Rocky Dijon : percussions 

 


 

"Brown Sugar" :

 

Enregistré en Alabama, 

 


 

Mick raconte tous les travers de l'Amérique (esclavage négrier, le sexe (consenti ou pas) par une femme noire (peut être inspirée de son histoire avec une célèbre choriste), et la drogue plus en clin d'oeil pour la rime que pour le produit (l'héroïne en argot)).

Alors que Keith s'échine à trouver un gros son crade, après le célèbre riff d'introduction signé Mick Jagger... 

La bonne idée vient de l'introduction des cuivres en particulier du solo de saxo, qui magnifie le morceau.

 

"Bateau négrier de la côte d'Or aux champs de coton,

vendant au marché sur le port de la Nouvelle Orléans.

Le vieux négrier balafré sait que les affaires marchent, 

écoutes le fouetter les  femmes aux alentours de minuit.

"Sucre Brun", pourquoi as tu si bon goût ?

"Sucre brun" tout comme une jeunette doit avoir ... "

 

"Sway"

 


Totalement lié à Mick Taylor pour la composition et les riffs inoubliables, Keith restant au second plan.

C'est le premier titre enregistré dans le studio mobile. Il parle de la dépression, de la difficulté de mener sa vie ...

 

"C'est juste le démon qui t'as pris sous son emprise,

je ne peux que laisser tomber mes larmes sur le sol poussiéreux.

Pour tous mes amis posés sur le sol du cimetière,

je ne supporte plus ce sentiment d'abattement. 

C'est juste le démon qui t'as pris sous son emprise ..." 

 

"Wild Horses"

 


 

J'ai déjà parlé de ce fantastique morceau pour un épisode de Hit Improbable, de son lien avec la paternité de Keith, mais aussi avec Marianne Faithfull, égérie de Mick et de Keith ... 

Jim Dickinson est au piano, et le chant de Jagger est déchirant. 

Archétype d'une écriture parfaite à deux têtes, un de leurs plus beaux morceaux !

 

         "Je sais t'avoir rêvé en péché et en mensonges.

J'ai ma liberté, mais dispose de peu de temps.

La fidélité a été brisée, les larmes doivent être versées.

Les chevaux sauvages ne  peuvent m'emporter ... " 

 

"Can't You Hear Me Knocking"

 


Enorme riff stonien que déchire le cri du junkie en manque. 

Un morceau tout en progression avec l'apport de Mick Taylor et le paroxysme cuivré presque exotique (l'empreinte du Santana alors en vogue ?) sur ce fond syncopé des guitares subitement funky. 

Un des plus beaux solo de saxo jamais entendu. 

On peut se demander si là aussi, dans la deuxième partie très inventive du morceau, soutenue au clavier par Billy Preston, cette dérive jazzy, si Mick Taylor n'est pas à la baguette. Keith dira que c'était une improvisation de fin de séance qu'ils ont gardé.

 

"T'as les yeux tout cocaïnés !

Hey, tu danses comme si t'étais sous Speed.

Tu m'entends pas frapper à ta fenêtre ?

Tu m'entends pas cogner à ta porte ?

Tu m'entends pas dévaler ta sale rue ?

Aides moi !  Mon pote, je ne suis pas un étranger  ... " 

 

"You Gotta Move"

 


Et voilà une bonne reprise, un vieux blues. Bill Wyman au piano soutient le duel des guitares et la plainte de Mick Jagger, qui ressuscite le morceau de Fred Mississippi Mc Dowell.

 

"Tu dois te bouger !

Tu es peut être défoncé

Tu es peut être faible

Tu es peut être riche mon enfant

Tu es peut être pauvre 

Mais quand le Seigneur sera prêt

Tu devras te bouger ! ..." 

 

"Bitch"

 


Taylor est au riff, mais c'est Keith qui assure le solo d'un morceau une nouvelle fois marqué par les cuivres. 

Les Stones ne sont plus seulement un groupe, c'est un orchestre et tous leurs shows ultérieurs en seront la démonstration. Sexe, drogues, restent Rock N' Roll. C'est cru, bestial.

 

"On doit la mélanger, petite. 

On doit se l'injecter. 

Ca doit êtrel'amour, cette saloperie.

Vas y, fais ta sauce petite.

Tu dois te réparer

Ca doit être ça l'amour, une saloperie géniale. 

Des fois, je suis sexy, excité comme un étalon 

qui rue toute la nuit dans son box.

Parfois je suis si timide, devant être stimulé.

Je n'ai ni hargne, ni mordant.

Très bien, t'as compris !

Oui quand tu m'appelles,

je salive comme le chien de Pavlov ..." 

 

"I Got The Blues"

 


Est un retour aux fondamentaux, avec encore une belle progression cuivrée sous tendue par le travail aux claviers de Nicky Hopkins et Billy Preston

Des paroles en auto-dérision des blues du delta.

 

"C'est comme ce genre de groupes du Sud.

Tu sais, ils font ces morceaux très lents.

Je veux dire, ils faisaient parfois des morceaux super rapides, 

mais ils faisaient ces ballades super lentes.

Nous nous sommes inspirés de cela. 

Et parfois tu as des airs vraiment lents comme celui ci,

mais c'est difficile de garder le tempo lent !

Tu viens d'accélérer !

Je veux dire, nous sommes ce genre de groupe,

nous allons accélérer les choses !! ... " 

 

"Sister Morphine"

 

Encore un chef d'oeuvre sublimé par la guitare slide de Ry Cooder. La plainte de Jagger qui chante les paroles coécrites par Marianne Faithfull, mais qui n'en est pas créditée. 

C'est l'appel d'un patient(e) cloué sur un lit d'hôpital, peut être après un accident (une overdose ?), qui réclame sa dose de morphine, mettre fin  (définitivement ?) à ses souffrances (à son manque ?) dans une progression douloureuse et délirante.

La chanson sera interdite en Espagne, qui refusera également la pochette de Warhol, disque devenu alternatif et collector. 

 


 

"Je suis allongé ici dans mon lit d'hôpital,  

dis moi ma soeur Morphine, quand reviens-tu ? 

Oh, et je ne pense pas pouvoir attendre longtemps.

Oh, tu vois je ne suis pas si fort ! 

Les hurlements de la sirène 'ambulance résonnent dans mes oreilles .

Reviens maintenant ma soeur Morphine,

Depuis combien de temps suis- je allongé ici ?

Qu'est ce que je fais ici ?

Pourquoi le docteur est sans visage ? ..." 

 

"Dead Flowers"

 


 Est un véritable country rock inspiré des heures de complicité entre Keith Richards et Graham Parsons.

C'est de l Americana pur jus avec un beau solo de Mick Taylor.  Paroles de la souffrance de l'homme abandonné, pas assez bien, qui va plonger dans la dope.

 

"Démolis moi petite Susie, démolis moi !

Je sais que tu penses être la reine de la vie mondaine 

Et chaque matin tu peux m'envoyer des fleurs mortes,

tu peux m'envoyer des fleurs mortes par courrier,

tu peux m'envoyer des fleurs mortes pour mon mariage !

Et je n'oublierai pas de déposer des roses sur ta tombe!

Alors quand tu relaxeras dans ta Cadillac rose bonbon,

faisant des paris au Derby du Kentucky,

je serai dans chambre au sous sol

avec une cuillère et une aiguille

et une autre fille pour m'enlever ma douleur"


"Moonlight Mile" 

 


Morceau de fin de cet album par ce titre magique de Mick Taylor, où Keith est absent. Tout comme sur Sway, Mike Taylor n'est pas crédité du titre. 

Le final est orientalisé. 

Le texte poétique est le moins triste de l'album, racontant l'artiste loin de sa dulcinée.

 

"Avec la tête pleine de neige, sur la vitre un visage connu se reflète.

Est ce que la nuit ne passe pas lentement ?

Les nuits sont longues, n'est ce pas !

Les bruits confus d'étranger m'assaillent le cerveau,

encore un autre jour de folie sur la route.

Ma seule raison de vivre, c'est d'être auprès toi.

Mais je suis à des kilomètres de toi sous le clair de lune ... "


Nota : mes traductions sont approximatives et très libres ....

 

The Rolling Stones : Sticky Fingers / 1971

 


  1. Brown Sugar
  2. Sway
  3. Wild Horses
  4. Can't You Hear Me Knocking
  5. You Gotta Move
  6. Bitch
  7. I Got The Blues
  8. Sister Morphine
  9. Dead Flowers
  10. Moonlight Mile 
  11. Wild Horses (version Acoustique / Bonus*) 
  12. Live With Me (Live At The Roundhouse 1971 / Bonus*)
  13. Love In Vain (Live At The Roundhouse 1971 / Bonus*) 
  14. Midnight Rambler (Live At The Roundhouse 1971 / Bonus*) 
  15. Honkt Tonk Woman (Live At The Roundhouse 1971 / Bonus*) 

 

J'ai rajouté en bonus* mes quelques versions arbitrairement utiles de la remasterisation de 2020.

 

Un petit lien nostalgique ?

 

Sorgual

3 commentaires:

  1. Article très intéressant sur les Stones. Qui n'a pas dans sa discothèque un album des Stones ( leur album de 64 "Around and Around "fait partie de mes albums préférés dans ma bibliothèque)
    Anecdote: Mick Taylor, avant de rejoindre les Stones, était guitariste de John Mayall
    JJ

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  2. Merci Jean Jacques, moi j'ai commencé en vinyles par Aftermath (réédition), puis Sticky Fingers et Goats ...
    puis j'ai remonté le temps ... tellement à prendre chez eux.

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  3. formidable ce titre par titre.
    un album dont je ne peux me lasser...
    cuivres, sax solos, billy preston et nicky hopkins, le grand luxe, sans parler du panel des compos qui ratissent rock et large (wild horses l'incontournable que je joue au piano bar) et l'incroyable can't you hear me knockin' au funk lourd sur ce riff stonien absolument extraordinaire !
    en haut de la pile stones ? peut être bien et tt cas.

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