J'ai toujours été intrigué par ce groupe dont je ne connaissais qu'un morceau très cuivré croisé sur une compilation soul funk.
The Albert
Super idée de creuser un peu, quel album ! (seulement deux réalisés sous le même label (Perception Records) , sous le même titre, la même année avec quelques morceaux en commun !!!? ).
Le groupe se forme à New York quand le chanteur Otis Smith, quitte son groupe "The All Night Workers", s'associe à Howard Wyett qui vient aussi de Syracuse où il a quitté son groupe "The Tradewinds".
Il habite alors au mythique Albert Hotel de Greenwich Village, au 40-52 East 11th Street, comme de nombreux musiciens comme Tim Buclley , James Taylor, Jonathan Richman, Frank Zappa, Mama Cass Elliot, Mike Bloomfield ...
Il y rencontre et travaille avec son futur groupe :
Howard Wyeth : orgue et piano
Jon Huston : trombone et trompette
Jay Silva : trompette
Richard Meisterman : trompette
Paul Dickler : guitare
Paul Petrucelli : basse
Frank Vicari : saxophone
Michael Gibson : trombone
Barry Lazarowitz : batterie
Cherchant un nom de groupe, ils pensent à l' hôtel, ce sera donc "The Albert".
On lorgne franchement vers le heavy prog jazzy, cuivré, évoquant BJH, Chicago ou Zappa.
Un premier album : The Albert : The Albert / 1970
et puis en fin d'année le deuxième mieux conçu et arrangé qui nous intéresse et qui sera distribué en 1971.
The Albert : The Albert / 1970
Attention cela s'écoute fort ! Appréciez la qualité des solistes, c'est géant.
Après, le split sera rapide et certains iront jouer avec Bob Dylan.
Il fait une association d'idée immédiate entre Musique - Film - Acteurs et parfois Réalisateur, une symbiose totale imprimée dans nos vies et mémoires.
Miles Davis - Ascenseur Pour L' Echafaud, Jeanne Moreau, Louis Malle
Georges Delerue - Le Mépris - Brigitte Bardot - Jean Luc Godart
Retrouver Fred John derrière "Judy In Disguise" dans Good Morning England !
Ici la symbiose est évidente :
"Virgin Suicide" de Sofia Coppola, Kirsten Dunst et ce morceau de Air : "Playground Love".
C'est le premier film de Sofia qui sort en 1999 (2000 en France) qui parle du destin tragique des soeurs Lisbon dans la banlieue de Détroit. Quel choc esthétique et tragique ce film.
Edgar Poe disait "la mort d'une belle femme est le sujet le plus poétique du monde !"
Mais Sofia dans son propos dépasse le côté tragédie romantique et la "beauté de la souffrance" en sublimant l'intimité dépressive de cette famille parfaite, l'ambiguïté de la posture adolescente, l'inertie du mal être, les failles du monde parfait de l'American Dream. Elle fait deviner le laid sous les nombreuses belles couches de peinture clinquantes et douces. Elle fait sentir le factice et jette le trouble.
Pour Sofia, ce film est un exutoire parlant de la difficulté de
l'adolescence, d'exister auprès d'un père imposant, d'un frère absent,
mort d'un accident à 15 ans .
Et cette ritournelle :
I'm a high school lover and you'te my favorite flavor.
Love is all, all my soul, you're my playground love.
Elle a été coécrite par le (futur) mari de Sofia (Thomas Mars : chanteur de Phoenix) et Air(Nicolas Godin et Jean Benoît Dunckel).
Le groupe a à cette période un grand succès aux USA avec l'album "Moon Safari" et Sofia l'écoute en boucle. (Moi aussi car je viens de recevoir la réédition collector)
Les festifs Versaillais, venus tardivement à la musique, acceptent de faire la musique du film et voulant sonner vintage utilisent batterie, piano, orgue et basse. Thomas Mars pose sa voix et joue de la batterie sous le pseudonyme de Gordon Tracks. Hugo Ferran est au saxophone.
Belle bande son
Mais ce morceau là, gravé, impossible d'en sortir.
Pour quoi est-il resté en retrait, compositeur de génie pour les autres, cet album de reprises en 69 était si prometteur !
Trop de concurrences ou plaisir de donner, déjà parce que son épouse faisait cela beaucoup mieux que lui?
Don Bryant est mort en décembre 2025 à 83 ans.
Don Bryant c'est le ciment et l' âme de la Memphis Soul, celui dans l'ombre qui faisait les choeurs et surtout composait pour les Studios Hi - Records de Memphis, pour Solomon Burke, Etta James, OV Wright, Otis Clay ...
Il devait aller à un concert de Bobby Bland quand l'orage s'est déclenché. Ann Peebles a dit "Je ne supporte pas la pluie" et ils ont décidé de rester au sec chez eux. Il trouve la répartie intéressante pour une chanson et se met au piano et improvise les accords et le texte ...
Né à Memphis Donald Maurice Bryant en 1942, dans une famille de dix enfants, commence dès l' âge de 5 ans à chanter du Gospel à l' église. Il chante ensuite dans le groupe Gospel de son père, puis il tourne dans les "Four Kings" en tant que leader du chant.
Quelques 45 tours et un album de reprise en 1969 pour sa carrière solo, puis sur les conseils de Willie Mitchell, producteur et arrangeur de génie, il se concentre sur l'écriture et le chanteur met en retrait.
Très proche des artistes, il s'adapte aisément à leurs voix et styles et sait les mettre en valeur. Avec l'autre compositeur principal Earl Randle, parfois aussi avec Darryl Carter et Dan Greer, ils aident les artistes à compléter les albums et s'occupent aussi des arrangements des cordes typiques de la memphis-Soul.
Plus de mille titres lui sont crédités !
Le label Fat Possum et Scott Bomar viennent le chercher en 2017, pour "Don't Give Up On Love" et à 74 ans, il refait un disque quand son épouse malade ne peux plus chanter.
Première tournée en Europe !
Il continue de se passionner aussi et de chanter du gospel, et se retirera finalement après son troisième album "You Make Me Feel" en 2020, pour ne plus chanter qu'à l'église.
Dry Cleaning s'est formé dans la banlieue de Londres en 2018, par la rencontre de Florence Shaw (chanteuse), Tom Dowse (guitare), Lewis Maynard (basse) et Nick Buxton (batterie).
Ils publient deux EP avant de signer chez 4AD.
"Sweet Princess" en 2018
Le premier album "New Long Leg" sort en 2021.
Puis "Stumpwork" en 2022,
avec cette célèbre pochette aux poils pubiens primée en 2024 aux Grammy Awards.
Et vient cet album presque parfait de 2026, comme d'habitude en écriture collégiale.
C'est un album nomade, enregistré entre Chicago (The Loft, avec au passage la participation de Jeff Tweedy sur My Soul / Half Pint) , La Loire (Studio Black Box à Segré En Anjou Bleu), et Dublin (Travailler avec Gilla Band) , produit par Cate Le Bon.
Cet univers singulier, avec ce chant détaché, parfois parlé, parfois un quart de ton en dessous, me fait follement penser à Lou Reed, et les guitares, l'ambiance crépusculaire renforcent cette idée.
Il y a une forte identité, une poésie lourde, anxiogène, un caractère répétitif qui pourra endormir et énerver certains, où comme moi les envahir et les accaparer.
Pour les fans de Lou Reed où de Silver Jews, c'est du pain béni.
Et quelle fantastique pochette de Erica Eyres !
Que dire des vidéos décalées à très petit budget, minimalistes : The Cute Things.